Chap. I : L'éveil du scribe
La genèse d'un artiste qui ne s'assume pas
Je n’ai pas écrit depuis un bail. Du moins, pour exprimer les ruminations du cœur, en dehors des obligations contractuelles qui m’apportent des gains pécuniaires.
Je me satisfaisais d’observer le développement d’une communauté québécoise sur Substack, en aidant à la référencer sans vraiment y contribuer.
À mesure que les mois passaient, les délais entre mes écrits augmentaient, de même que mon aversion à rédiger. Je ne me souviens même plus du dernier sujet que j’ai traité.
Jusqu’au jour où, envoûté par l’appel de Catherine, j’ai décidé de plonger dans un défi qui allait perturber mon inertie. 28 jours en ligne à écrire tous les jours. Un vrai casse-tête à venir pour ce patient atteint de paralysie rédactionnelle.
Je me suis quand même inscrit. Surtout pour être avec elle, je l’avoue, plutôt que pour combler un quelconque désir de rallumer ma flamme vocationnelle.
Mais puisque j’étais promis d’être bien accompagné, je me permettrai une dernière chance de me laisser séduire par l’amour d’écrire.
Je n’ai jamais été un passionné des lettres. Mes habiletés linguistiques furent acquises dans une école élitiste de tradition jésuite, où on m’inonda de classiques que je n’ai pas lus.
Avant d’être finalement expulsé de l’institution six ans après y être entré. C’est plutôt en sortant de ce carcan que s’est éveillé mon amour pour les mots.
Grâce à ces cours de littérature d’un cégep méconnu et pas trop bien éclairé, à côté d’un grand parc qui porte aussi le nom d’un métro. Durant lesquels j’eus la chance d’être exposé à des ateliers de création littéraire.
Les consignes étaient claires. S’exprimer par un slam. Sujet de notre choix. Sans limites ni contraintes. Juste ce que vous en dit le cœur. Autour d’une minute ou deux.
Je fus impressionné et bouleversé par la qualité des présentations de mes camarades.
Le cri du cœur d’une sœur exaspérée par les violences répétées que subissait son frère aux mains des forces policières.
La folle odyssée d’un chômeur au bord du désespoir pendant la crise financière, qui devient malgré lui la star du tournage d’un film porno.
Même tous ces discours politisés à l’os, à saveur d’essais sur la peine de mort, l’avortement ou qu’en sais-je.
Je n’avais pas les mêmes préoccupations à cet âge. Mon seul souci était de mieux connecter avec la gent féminine.
Pour l’atelier, je m’étais inspiré du plus grand des poètes montréalais. J’allais essayer d’exprimer ce sentiment de « t’avoir à mes côtés, mais pourquoi je me sens si seul »?
C’est avec un dévouement inhabituel que je passai mes nuits blanches à griffer des lignes sur des feuilles tâchées d’encre et de barbeaux.
Je tenterai ici de recréer l’intention de ce morceau, à défaut de pouvoir me souvenir exactement des mots.
Marjolaine, ma bonne étoile Croiser ta vie aura prolongé la mienne En donnant à mon âme affligée L’envie d’espérer à demain Ton visage rempli de douceur Qui veille sur moi d’un regard apaisé Raffermit si fort ma volonté De poursuivre ce rêve jusqu’au bout Mais par amour et sincérité Je dois être honnête avec la réalité Je ne peux continuer de nous mentir Nier qui je suis et réprimer mes désirs Si nous sommes destinés à des chemins différents Je serai à proximité pour t’accompagner autrement Pour veiller sur toi sans te retenir Et t’aimer librement tout autant […]
Je ne me souviens plus trop de ce que j’avais rédigé, ni comment ça se termine, mais les grandes lignes devaient ressembler à cela.
L’enseignante vint me voir à la conclusion de l’atelier. « Tu devrais écrire », me dit-elle. J’avais savouré le compliment quelques instants.
Merci bien, mais je dois sortir d’ici au plus sacrant pour accéder aux études supérieures, où l’administration et la comptabilité m’attendent.
Habillé comme un jeune vieux, en chemises trop chères pour mon âge, je rêvassais d’un avenir prospère et glorieux.
Peut-être un doctorat en économie pour satisfaire ma vanité intellectuelle. Une hypothèque et quelques enfants avant mes 30 ans.
De toute façon, je n’ai fait que copier Cohen. À quoi bon si je ne peux vivre de ces mots.
Je ferai appel à ces talents lyriques de temps en temps, dans des correspondances épistolaires avec des personnes qui me sont chères.
Mais le plaisir de créer sera placé en sourdine dans mon grand coffre intérieur, pendant plus d’une décennie avant d’être libéré à nouveau.



Wow! C'est un beau défi que tu t'offres! J'en serai aussi!
Ce sera, j'en suis certaine, libérateur, amusant, peut être des fois malaisant, mais ça fait parti de la game!!